S'il est un sujet d'actualité, c'est celui des fins de mois serrées, des budgets limités, des porte-monnaie vides, des comptes en banque en négatif. Dans ce contexte de crise, les gens se tournent de plus en plus vers des plats "petits budgets" qui épargnent le porte-monnaie. Petit tour d'horizon de ces recettes et de leur particularités.

Les aliments "typés" pas chers

Classiquement, il va te falloir être fanatique de pâtes, de patates, de thon (en boîte), de jambon (d'épaule, le supérieur est nettement plus cher), et des pièces de viande peu communes (joue de boeuf, pied de cochon). En gros, si tu es pauvre, soit tu as de l'imagination, soit tu n'es pas très regardant pour ce qu'il y a dans ton assiette.

Tant qu'on est étudiant, on arrive à faire contre mauvaise fortune bon coeur et manger des pâtes (matin), midi et soir, au final, on fait avec. Mais quand on commence à avoir une famille, à recevoir du monde chez soi et à s'inquiéter de l'équilibre alimentaire de sa progéniture (qui soit dit en passant pourrait volontairement ne manger que des pâtes au beurre à tous les repas), le problème commence à se poser.

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Tricheries possibles

Pour soi : on peut toujours cuisiner des morceaux de viande que le commun des mortels dédaigne habituellement (queue de boeuf, crête de coq, tripes et autres abats). Si on est super doué en cuisine, rempli d'imagination et de créativité, et maître dans toutes les techniques culinaires connues, on pourrait presque faire des trucs sympas. Et encore.

On peut toujours essayer de regarder les émissions culinaires à la mode, des fois qu'on tombe sur une épreuve tordue nécessitant de cuisiner ce genre d'aliments (provoquant la plupart du temps chez les concurrents, lors de l'énoncé de l'épreuve, des regards horrifiés-paniqués-désespérés). Toi tu fais ça volontairement. Et tu prends des notes. Des fois que ça rende le truc plus appétissant. Qui plus est, ils ont parfois des idées étranges pour ces épreuves. Cuisiner les épluchures de légumes, récupérer les déchets des viandes, faire un repas complet uniquement avec des oeufs (penser à leur proposer une variante uniquement avec des pâtes). Moins utile quand ils partent dans la préparation du beluga argenté d'Alaska ou du foie gras surchoix au pépites d'or.

Quand on reçoit : pré-sen-ta-tion !! Quand tu vas au restaurant, que tu commandes le "prince des mers lointaines dans sa nage d'extrait végétal noble et typé parsemé de ses herbes fines fraîchement coupées" et que tu te retrouves face à une sardine surnageant dans de la banale huile d'olive et saupoudrée de persil, tu t'es fait avoir sur la présentation (ici, plus sur l'appelation mais le principe reste le même). Ben quand tu reçois du monde, tu fais pareil ET tu présentes dans une assiette digne d'un chef. Tu mets de la banale mousse de thon (thon-mayonnaise+deux tours de mixer) dans des verrines, tu présentes ta purée de patates moulée dans un bol ("petit dôme délicat d'écrasée de pommes de terre") et tes tomates en éventail. Ça change tout de suite la donne. Ça rend pas meilleur au goût mais au moins, tu peux te la péter pour pas cher.

L'autre astuce, plus basée sur le goût, est de faire semblant d'utiliser certains ingrédients nobles sans les utiliser vraiment (je sais c'est perfide). Un pschit d'arôme de truffe dans tes oeufs brouillés et tout de suite ça fait grande cuisine "Si si, je suis allée acheter mes truffes au marché ce matin". D'autant que la seule fois de ta vie où tu as réussi à vendre un rein pour aller t'acheter une vraie truffe (histoire de savoir au moins une fois ce que c'est que de cuisiner cet aliment si réputé), tu dépenses l'équivalent d'un mois de salaire pour une petite chose brune et rabougrie dont l'odeur te rappelle une patate oubliée des mois au fond d'un frigo (mais pour laquelle le vendeur pourrait, visiblement, s'immoler) et tu rentres chez toi, tout fier de ton achat déraisonnable (le nombre de paquets de pâtes que tu aurais pu t'acheter avec cette somme). Là, va falloir cuisiner la bête. Et ça devient de l'orfèvrerie. Il ne faut pas la couper trop épaisse, il ne faut pas en perdre une seule petite miette (au prix de la miette, ce serait dommage), il ne faut pas la cuire trop longtemps, sinon elle perd son parfum, bref, prise de tête. Toi, confiant, t'es parti sur une base de risotto. Au final, ton risotto est prêt, il sent bon mais... pas la truffe. Du champignon nul parfum. Tu y a mis la moitié du diamant noir et que dalle. Là tu as le choix : tu le sers comme ça ou... tu pschit un arôme de truffe dedans. Au final, cela valait-il vraiment la peine de vendre un rein ? Hein ? Triche mon ami. C'est plus simple.

Pour ta progéniture : fais-toi une raison. Quoi que tu cuisines, quel que soit le temps passé amoureusement autour de tes fourneaux et quel que soit le prix dépensé pour les denrées réservées précieusement pour les prunelles de tes yeux, si c'est pas des pâtes et des bâtonnets de poisson pané, CA N'AIME PAS! C'est comme ça. Les enfants viennent au monde avec cette faculté de te compliquer la vie tout en te donnant le sentiment qu'ils sont la plus belle chose qui te soit arrivé. Et ça marche ! Donc de deux choses l'une : soit tu deviens dépressif, soit tu te fais une raison. Il va falloir jongler avec deux attitudes : par moments, céder sur le poisson-pané-pâtes-au-beurre, et le reste du temps, te battre pour lui faire avaler des légumes et des aliments sains. Alors franchement, cela vaut-il la peine de se ruiner pour un petit monstre que tu vas devoir attacher à sa chaise pour lui faire avaler ton sabayon crémeux aux légumes de printemps ? Fourre-lui une bonne purée patates-courgettes-carottes à l'entonnoir s'il le faut et ton devoir de parent nourricier sera largement accompli.

Au final, si tu es pauvre et dénué d'imagination, j'espère pour toi que la nourriture n'est pas un plaisir mais plus une nécessité. Parce que tu vas en manger des pâtes !